Hypnose Médicale
Formation en Hypnose Médicale, Paramédicale, réservée exclusivement au Corps Médical, aux thérapeutes titulaires d'un diplôme d'Etat, ou d'un numéro Adeli. Formations en Hypnose centrées Douleur Chronique et Aiguë, EMDR-IMO

Chirurgie maxillo-faciale en mission humanitaire. Espace Douleur Douceur de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves 68.



Dans cette opération chirurgicale, ils sont deux soignants à conduire l’hypnose, main dans la main avec leur patient. Un soin à deux voix en traduction simultanée du français au guinéen.


En mission chirurgicale humanitaire, l’outil hypnotique nous apporte des champs de compétences nouveaux dans la gestion de l’inconfort. La chirurgie maxillo-faciale nous prive en peropératoire de l’observation du visage. Ce commandement eriksonien qui nous invite à la règle des trois « O », « Observe, observe, observe », se voit réduit à sa portion congrue du thorax et des avant-bras.

Le champ opératoire recouvre entièrement le visage du patient, des saignements s’opèrent en bouche, et les deux narines sont méchées par des compresses. Pour autant, nous avons pu conduire une hypnose en traduction simultanée. Après un rapide recueil de thème, les blocs de face sont réalisés en décubitus dorsal sans adjonction supplémentaire. Un complément d’anesthésie locale a été nécessaire in situ en peropératoire. L’équipe chirurgicale a bien voulu tenter l’expérience. Cette équipe réalise en France de nombreuses chirurgies sous anesthésie locale sans accompagnement additionnel.

CONDUITE DE L’HYPNOSE EN BINÔME

Dans la salle en « perop » il règne une ambiance silencieuse où les demandes se font uniquement par gestes ou chuchotements. Les échanges entre professionnels sont rendus plus difficiles par manque d’habitude. Les chirurgiens soulignent cette perte de communication avec le patient qui habituellement leur permet de conserver le contact. La mise en route est ressentie un peu plus longue qu’habituellement, mais le calme du patient pendant la chirurgie et son immobilité permettent de rattraper ce temps de mise en place. Le patient est calme et confortable. En pratique, nous étions deux à conduire l’hypnose. Un chirurgien guinéen bilingue et moi en « signaling » permanent, main dans la main avec le patient. En observateur, un interne français en anesthésie qui découvre cette prise en charge hypnotique. Le « signaling » main dans la main est appuyé et synchronisé aux mouvements respiratoires. Les explications sont données en amont au moment du recueil du thème. La kinesthésie est valorisée par la main dans la main. La détente s’accentue au fil du temps. Le contact réel devient extrêmement léger, signe d’une alliance sécure bien installée, qui ne nécessite rien d’autre qu’un effleurement qui s’apparente à un fil d’Ariane. La chirurgie dure 1 h 20.

L’HYPNOSE COMME OUTIL FÉDÉRATEUR

C’est toute une salle qui est emportée avec l’hypnose qui se fait en français traduit en simultané en guinéen. L’Ibode (2) est prise en flagrant délit de somnolence : très réceptive, semble-t-il, elle reconnaît la contagiosité du confort. Le chirurgien guinéen Amadou nous fait part de sa méconnaissance de l’outil. Par expérience je sais que l’hypnose peut faire peur, elle s’apparente aux esprits, elle rivalise avec les croyances. Pour autant, en « perop » Amadou est en transe, suit rigoureusement les variations de tonalité et de prosodie. Dans la mise en place du projet nous avions insisté sur l’importance des mots. Dans la traduction rien n’est contrôlable, seul le résultat pour le patient est là ou pas.

Au moment du retour d’expérience, il est enthousiaste et s’intéressera pendant toute la mission à retenir de grands principes facilement utilisables au quotidien. Nous avons pu débattre à plusieurs reprises sur l’intérêt de l’hypnose par rapport à la prise en charge globale habituelle du soin par nos collègues africains, où le patient jugule sa peur seul, et l’utilisation de la contention permet parfois aux patients d’accepter le soin. La découverte de ce nouvel outil ouvre pour Amadou des champs d’applications évidents et de mise en oeuvre simple. Il dit : « J’ai été marqué par cette relation de confiance et d’assurance créée avec les malades ; cet espoir de retrouver un visage ou un sourire qu’il croyait perdu ; à travers les mots, faire voyager les malades afin de soulager son angoisse… Et tout cela juste en lui tenant la main et avec des mots rassurants. L’anesthésie locorégionale a certes agi sur la douleur, mais je pense profondément que l’hypnose a permis de libérer les malades de cette anxiété et de renforcer le lien entre soignants et soigné. » Nous avons en parallèle proposé des variations dans les gammes de prise en charge :
- soins aux peluches avant de les proposer aux enfants ;
- catalepsies des avant-bras pour focaliser l’attention ailleurs ;
- participation active du patient dans le soin, en sollicitant son aide dans le maintien du masque au moment de l’induction, par exemple, ou de la compresse au moment de la pose de la perfusion. L’interne en anesthésie...


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Christine ALLARY

Infirmière anesthésie à Saint-Etienne. Formatrice à Emergences, co-anime des formations en douleur aiguë. Participe régulièrement aux congrès de la profession. Engagée depuis de nombreuses années dans l’action humanitaire chirurgicale en Afrique essentiellement. Auteure de « En terrain humanitaire : Hypnose là-bas » dans « Hypnose & Thérapies brèves » n° 50 (août/ septembre/octobre 2018).

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- Julien Betbèze, rédacteur en chef, nous présente dans son édito le contenu de ce n°68 :

Comment devenir un meilleur thérapeute ?

Cette question est au centre de notre pratique, elle implique la « présence » du thérapeute dans une approche centrée sur le corps relationnel, ainsi que la mise en place d’évaluations visant à améliorer la qualité du lien thérapeutique.


. François Cartault nous montre comment le travail sur le deuil implique de retrouver la relation perdue comme étape initiale avant de développer l’autonomie de la personne endeuillée. Dans la séance présentée, le questionnement narratif met en évidence l’importance de décrire les différences et les points communs entre les sujets pour enrichir et faire perdurer la relation.
. Solen Montanari nous décrit la situation d’Elisa, 14 ans, qui a perdu toute confiance, un « truc » l’empêchant de lâcher prise dans la relation de soin. Selon l’approche TLMR (Thérapie du lien et des mondes relationnels) qu’elle pratique, elle intègre sa propre résonance (image d’un iceberg et vécu de chair de poule) pour co-construire un imaginaire partagé où le thérapeute et Elisa regardent ensemble la scène et en ressentent les effets sous forme d’une expérience unique.
. Sylvie Le Pelletier-Beaufond nous fait part de son expérience des séances d’hypnose partagées avec François Roustang. Elle souligne l’importance de la ''présence'' pour François Roustang dans sa manière de constituer une relation thérapeutique. Elle rappelle le principe qui gouverne sa pensée, l’existence de deux registres distincts : une forme discontinue correspondant à la dimension de l’individualité, et une forme continue, un fond, constitué de l’ensemble du système relationnel correspondant à la dimension de la singularité.

Ces trois auteurs mettent en scène ce qui est au centre de l’utilisation de l’hypnose en thérapie : le développement d’un processus coopératif où la présence du thérapeute est renforcée par le fait que ce dernier ne pense pas à la place du sujet.

. Grégoire Vitry et ses collaborateurs nous montrent comment la participation de chaque thérapeute à un réseau d’évaluation de sa propre pratique (Réseau SYPRENE) favorise une amélioration de notre pratique. Dans ce travail de recherche portant sur les effets de l’évaluation de l’alliance thérapeutique et de l’état de bien-être, nous comprenons l’importance de tenir compte de la perception du sujet et de partager avec nos pairs.

- L’édito de Gérard Ostermann dans l’Espace Douleur Douceur souligne l’importance de la capacité du thérapeute à faire un « pas de côté » pour rendre l’hypnose vivante dans les soins.

- Chirurgie maxillo-faciale en mission humanitaire, un article de Christine ALLARY

- Olivier de Palezieux nous parle du placebo

- Corps et espace sécure: changer le monde du patient par Jean-François DESJARDINS

- Dans le dossier consacré aux addictions, une constante est l’absence de confiance dans la relation humaine. Les trois auteurs, Maxime Devars, Anne Surrault et Nathalie Denis, nous proposent différentes manières de se libérer des symptômes bloqueurs de la relation (hyperactivité dans l’anorexie, conduite automatique chez le fumeur). Ils s’appuyent sur leur créativité et un imaginaire donnant toute sa place à la stratégie pour que les sujets puissent se réapproprier leur responsabilité dans le soin.

Nous retrouvons la qualité des chroniques habituelles, l’humour de Stefano et Muhuc, les situations cliniques richement décrites par Sophie Cohen, Adrian Chaboche et Nicolas D’Inca : à lire et à se laisser imprégner.

Ce numéro rend également hommage au Professeur Peter B. Bloom, ancien président de l’ISH qui vient de nous quitter le 10 septembre 2022 à l’âge de 86 ans. Dans une interview donnée à Gérard Fitoussi, il souligne l’importance de la créativité dans notre pratique et son espoir que l’hypnose continue à favoriser les rencontres et à nous faire partager des histoires de vie.

Crédit photo © Michel Eisenlohr


Laurent Gross
Infirmier anesthésiste, formateur au CHTIP Collège Hypnose Thérapies Intégratives Paris et au sein... En savoir plus sur cet auteur



Rédigé le 23/08/2023 à 19:47 | Lu 488 fois modifié le 27/08/2023




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