Médecin généraliste et Hypnose: Osez ! Dr Pierre Le Grand



Revue Hypnose & Thérapies brèves n°50
PIERRE LE GRAND
Médecin généraliste à Brest en libéral et en milieu carcéral, il travaille avec l’hypnose ericksonienne et les thérapies brèves depuis 2014. Formateur à l’Institut Emergences de Rennes, il coordonne la formation Hypnose et Médecine générale.


Médecin généraliste, formé à l’hypnose médicale, je croise d’autres médecins qui ont cet outil dans leur sacoche.

Certains s’en servent, d’autres moins. Ils invoquent alors tout un tas de raisons : pas le temps, pas de reconnaissance de l’acte, pas facile à concilier avec l’organisation du cabinet... Pourtant, l’hypnose peut apporter quelque chose en plus au patient mais aussi au médecin lui-même.
A travers cet article, je vous propose de découvrir différentes situations où l’hypnose m’a été utile dans plusieurs contextes de médecine générale.

MADAME O.
J’ai débuté ma formation en hypnose au cours de mon internat. Mon dernier semestre se déroulait en autonomie chez des médecins généralistes. Au début du stage, lors d’une consultation réalisée en binôme avec le médecin senior, Mme O. décrit une douleur allant de l’épaule au poignet gauche et une autre douleur au majeur gauche. Je l’examine et retrouve une névralgie cervico-brachiale (NCB) avec une contracture musculaire bien palpable au niveau du trapèze gauche. Le médecin senior prend alors le relais pour effectuer de la mésothérapie. Au cours de l’examen, en poursuivant l’échange, la patiente explique son contexte de stress et d’angoisse lié à un problème familial récent. Le médecin me glisse : « Tu peux peut-être faire ton truc là pendant que je fais le geste. »

La patiente a déjà eu de la mésothérapie et anticipe la douleur de ces multiples injections dans le dos. Je me dis que je pour- rais au moins détourner son attention de cette partie du corps. Allez, j’ose faire de l’hypnose avec cette patiente ! Mais quoi faire ? Je n’ai pas eu le temps d’en discuter avec elle. L’autre médecin ne connaît pas cette pratique et risque d’interférer. Pas le temps de trouver un tas de raison pour ne rien faire, je m’entends dire : « Pendant que mon collègue s’occupe d’une par- tie de vous... je vais vous proposer un petit exercice... et pour ça j’aimerais savoir... où est votre angoisse ? »
J’aperçois le regard déconcerté du mé- decin derrière la patiente. J’imagine qu’il cherche la logique de la question. La réponse de la patiente vient confirmer mon intuition : « Dans ce doigt » (majeur gauche). « Très bien... » Et l’on poursuit la réification de cette angoisse sous la forme d’une pierre blanche, rigide et froide, qui s’est installée là. Petit à petit, la pierre devient plus souple, plus chaude et le doigt devient plus confortable.
Je repense alors à sa description initiale de la douleur. Elle en distinguait bien deux. Et je me demande ce qu’auraient pu faire les antalgiques ou la mésothérapie sur cette douleur du doigt qu’en tant que mé- decin on aurait attribué à la NCB mais que la patiente rattachait à de l’angoisse. Au cours du stage, je reverrai Mme O. pour un autre motif. Elle m’expliquera qu’elle a continué à s’aider de la respiration pour at- ténuer cette gêne au doigt. « Très bien ! »

MADAME S.
Après les stages, je débute les remplace- ments. Il faut s’adapter rapidement au ca- binet, à l’organisation du médecin, à son lo- giciel, à son rythme de consultation, etc. Un matin, je reçois Mme S. qui vient pour le re- nouvellement de son antidépresseur. L’en- tretien confirme qu’elle est effectivement en dépression chronique. Suite au décès de son mari il y a plus d’un an, elle passe toutes ses journées au cimetière. Toute son éner- gie y passe. Elle ne mange quasiment plus et continue de perdre du poids. Elle refuse de voir un(e) psychologue (« à quoi ça ser- virait ? ») ou un(e) psychiatre (« pour avoir encore plus de médicaments ? »).
J’aurais pu renouveler le traitement et laisser son médecin habituel réévaluer. Mais j’ai envie de lui proposer autre chose. Allez, j’ose ! Il ne me reste que deux jours de remplacement donc j’insiste bien sur le fait que c’est à elle de décider si elle se sent prête à changer. Elle me dit oui, alors on se revoit en fin de journée où elle m’explique son parcours de vie. Ce premier entretien me permet d’avoir quelques hypothèses d’état et de processus et de repérer des res- sources, notamment sa résistance et sa ca- pacité à affronter une multitude de situa- tions problématiques.
Je la revois dès le lendemain soir. La séance est riche en émotion. Elle réussit d’abord à dénouer le nœud en béton qui lui bloquait l’estomac. Ensuite, petit à petit, elle se construit un lieu sûr, toujours avec beau- coup d’émotion. Et puis pas de nouvelles... Je recontacte donc le médecin traitant uelques mois après. Il m’apprend que tout son entourage la trouve changée. Elle ne se rend plus de manière obsessionnelle au ci- metière et en est ravie . « Bravo ! »





Rédigé le 12/10/2018 à 16:58 | Lu 59 fois modifié le 12/10/2018




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